Archive pour novembre 2008

un nouveau monde en marche : une nouvelle donne?

L’élection de Barack Obama ouvre la porte à la nouvelle donne évoquée dans notre précédent bulletin. Tout a déjà été dit sur l’efficacité de sa campagne, son organisation exploitant pour la première fois toutes les possibilités des nouveaux médias, le calme d’Obama qui a su ainsi répondre aux interrogations sur ses qualités de leader et sa capacité à répondre à la crise.
Quatre points sont à relever qui donnent quelques indications sur la présidence Obama :

Le volontarisme : « yes we can ». Ce slogan hérité des années de guerre pour illustrer les femmes qui prenaient la relève des hommes partis au combat illustre la responsabilité de chacun dans la survie de la société. Il fait aussi  référence à la réflexion d’Obama selon laquelle la réussite de la société facilitait la réussite de chacun. Cette interdépendance entre le sort individuel et l’action de tous peut être une indication forte d’une politique économique et sociale de partage des tâches et responsabilités.
L’unité dans la diversité. L’appel à la réunion de tous sans distinction d’âge, de sexe, d’origine sociale et culturelle, les projets de constitution d’un cabinet regroupant des hommes et des femmes de diverses affiliations, la capacité du candidat à réunir des personnes de tous horizons définit un style de gouvernement et une conception de la société où chacun a sa place.

Le choix de la négociation sans conditions avec les adversaires sans condition mais sans naïveté laisse espérer des efforts pour sortir des diverses impasses dans lesquelles se trouvent les relations internationales : Irak, Iran, Proche Orient amis aussi Kyoto et négociations commerciales.
Enfin tout ceci doit être complété par le rappel des qualités de la nation américaine : le parcours accompli par Barack Obama n’aurait dit il été possible dans aucune autre nation.

Ces éléments peuvent s’incarner dans des politiques très différentes. Ils donnent toutefois des orientations assez précises qui pourraient créer une dynamique sociale et internationale.

Michel Garcin

Président du Directoire de la French American Foundation France


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Analysis: Obama’s Foreign Policy Challenges

Foreign Policy Association
Marco Vicenzino, Young Leader 2008

In winning over 50 percent of the popular vote, President-elect Barack Obama can claim a popular mandate, but in order to unify the nation and its position abroad he must govern from the center of the American political spectrum. Doing so will not be easy, as Americans remain divided on many foreign policy concerns and pressure to live up to huge international expectations grows.

Overall, the 2008 election was void of real debate on foreign policy issues, with both candidates offering more rhetoric than substance. U.S. foreign policy now requires more realism and results and less rhetoric. The world today is marked by newly emerging geographical centers of power, particularly in the developing world, coupled by the rise of non-state actors (such as NGOs, multinational corporations, and terrorist groups) and newly emerging non-geographical centers of power, particularly virtual centers of power, such as the realm of cyberspace. Multi-tasking in a multi-centric world remains an absolute priority.

The comparisons between JFK and Obama are inevitable but the times are completely different.

To read the full article : Foreign Policy Association

L’équation Obama pour la France

Par Frédérick T.Davis, associé chez Debevoise & Plimpton, membre du conseil de surveillance de la French American Foundation.

Depuis des années aucune élection présidentielle américaine n’avait suscité un tel intérêt dans le monde. En France, les journaux ont couvert l’élection dès le début des primaires, en janvier 2008. Les Français ne faisaient pas mystère du candidat qui avait leur préférence : un récent sondage effectué à la demande de la Fondation franco-américaine indiquait que 85% des sondés français préféraient voir Barack Obama devenir le 44ème président des Etats-Unis. Depuis hier, c’est chose faite. Mais que signifie réellement pour la France et le reste du monde un tel événement ?

Tout d’abord, la principale difficulté à laquelle le président Obama va être confronté, dès sa prise de fonctions en janvier 2009, sera de toute évidence l’immense attente que sa candidature a suscitée, ainsi que l’ampleur des problèmes dont il hérite. Depuis l’élection de John Kennedy en 1960, aucun président américain n’a été élu dans un tel climat d’excitation et d’espoir. «L’Audace d’espérer» – «The Audacity of Hope» – caractérise bien sa démarche et désigne à la fois le titre de son deuxième livre et le leitmotiv de sa campagne.

Des pans entiers de la population, aussi bien aux Etats-Unis qu’à travers le monde, attendent de l’Amérique qu’elle montre un nouveau visage et adopte une autre attitude. Toutefois, les événements qui ont provoqué cette soif de changement ne laissent à l’administration Obama que des outils diminués pour tenter de l’étancher: l’économie américaine est affaiblie, la réputation des Etats-Unis et leur «capital politique» dans le monde sont nettement réduits; les Américains eux-mêmes demeurent profondément divisés par les «guerres culturelles» déclenchées durant les années Bush. S’il est un message que nous risquons d’entendre souvent de la part de Barack Obama ce sera celui de la nécessité de «gérer» ces attentes et ces espoirs et de faire preuve d’autant de patience que le président pour effectuer les changements qu’il a promis.

Cela étant dit, l’élection d’Obama va avoir à coup sûr, par elle-même, un effet immédiat, profond et positif. Les Etats-Unis ont élu à leur tête un homme jeune et noir, le fils d’un immigré africain et le petit-fils d’un musulman pratiquant. Les Américains ont longtemps cru au caractère exceptionnel de l’expérience américaine, et Barack Obama répète souvent qu’un destin comme le sien n’aurait pu s’accomplir dans aucun autre pays. Son élection est un événement historique dont les Américains sont fiers à juste titre. Elle apporte un démenti cinglant, une «contre-histoire» à tous ceux qui à travers le monde prétendent voir dans les Etats-Unis le «Grand Satan».

En outre, il est probable que l’élection d’Obama revigorera la diplomatie internationale: un terme qui ne figurait pas au répertoire de l’administration Bush ou durant la campagne de John McCain. Ces derniers ont semblé, l’un comme l’autre, confondre politique étrangère et stratégie militaire. Or, c’est précisément en raison de la complexité des questions économiques et de sécurité qui se posent aux États-Unis, et du lien indissoluble de celles-ci avec les affaires internationales, qu’Obama sera enclin à se tourner vers la France et d’autres pays d’Europe et du monde pour les consulter, les écouter et collaborer avec eux.

Enfin, l’objectif ultime d’Obama sera de raviver le dynamisme américain, de faire renaître l’idée que «tout est possible» et d’exhorter les Américains à être plus créatifs et innovants dans les domaines de la culture et de l’esprit, et non plus seulement en matière économique et de défense. Je forme des vœux pour que, sur ce plan, «l’Audace d’espérer» se traduise en actes. Obama partage avec John Kennedy le fait de s’être distingué non seulement par sa jeunesse mais également par son intelligence, sa discipline, son éloquence, sa curiosité intellectuelle – autant de qualités qui sont largement appréciées en France. Je fais le pari qu’Obama et ses conseillers apporteront un élan nouveaux aux relations avec la France, dans tous les domaines.

Comme les Américains eux-mêmes, les Français doivent se garder d’attendre des résultats immédiats de l’administration Obama. Mais ils peuvent, à l’image du nouveau président, se montrer audacieux en espérant voir des relations plus intenses, plus chaleureuses et plus positives s’instaurer entre les Etats-Unis et leur plus vieil allié diplomatique.