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L’équation Obama pour la France

Par Frédérick T.Davis, associé chez Debevoise & Plimpton, membre du conseil de surveillance de la French American Foundation.

Depuis des années aucune élection présidentielle américaine n’avait suscité un tel intérêt dans le monde. En France, les journaux ont couvert l’élection dès le début des primaires, en janvier 2008. Les Français ne faisaient pas mystère du candidat qui avait leur préférence : un récent sondage effectué à la demande de la Fondation franco-américaine indiquait que 85% des sondés français préféraient voir Barack Obama devenir le 44ème président des Etats-Unis. Depuis hier, c’est chose faite. Mais que signifie réellement pour la France et le reste du monde un tel événement ?

Tout d’abord, la principale difficulté à laquelle le président Obama va être confronté, dès sa prise de fonctions en janvier 2009, sera de toute évidence l’immense attente que sa candidature a suscitée, ainsi que l’ampleur des problèmes dont il hérite. Depuis l’élection de John Kennedy en 1960, aucun président américain n’a été élu dans un tel climat d’excitation et d’espoir. «L’Audace d’espérer» – «The Audacity of Hope» – caractérise bien sa démarche et désigne à la fois le titre de son deuxième livre et le leitmotiv de sa campagne.

Des pans entiers de la population, aussi bien aux Etats-Unis qu’à travers le monde, attendent de l’Amérique qu’elle montre un nouveau visage et adopte une autre attitude. Toutefois, les événements qui ont provoqué cette soif de changement ne laissent à l’administration Obama que des outils diminués pour tenter de l’étancher: l’économie américaine est affaiblie, la réputation des Etats-Unis et leur «capital politique» dans le monde sont nettement réduits; les Américains eux-mêmes demeurent profondément divisés par les «guerres culturelles» déclenchées durant les années Bush. S’il est un message que nous risquons d’entendre souvent de la part de Barack Obama ce sera celui de la nécessité de «gérer» ces attentes et ces espoirs et de faire preuve d’autant de patience que le président pour effectuer les changements qu’il a promis.

Cela étant dit, l’élection d’Obama va avoir à coup sûr, par elle-même, un effet immédiat, profond et positif. Les Etats-Unis ont élu à leur tête un homme jeune et noir, le fils d’un immigré africain et le petit-fils d’un musulman pratiquant. Les Américains ont longtemps cru au caractère exceptionnel de l’expérience américaine, et Barack Obama répète souvent qu’un destin comme le sien n’aurait pu s’accomplir dans aucun autre pays. Son élection est un événement historique dont les Américains sont fiers à juste titre. Elle apporte un démenti cinglant, une «contre-histoire» à tous ceux qui à travers le monde prétendent voir dans les Etats-Unis le «Grand Satan».

En outre, il est probable que l’élection d’Obama revigorera la diplomatie internationale: un terme qui ne figurait pas au répertoire de l’administration Bush ou durant la campagne de John McCain. Ces derniers ont semblé, l’un comme l’autre, confondre politique étrangère et stratégie militaire. Or, c’est précisément en raison de la complexité des questions économiques et de sécurité qui se posent aux États-Unis, et du lien indissoluble de celles-ci avec les affaires internationales, qu’Obama sera enclin à se tourner vers la France et d’autres pays d’Europe et du monde pour les consulter, les écouter et collaborer avec eux.

Enfin, l’objectif ultime d’Obama sera de raviver le dynamisme américain, de faire renaître l’idée que «tout est possible» et d’exhorter les Américains à être plus créatifs et innovants dans les domaines de la culture et de l’esprit, et non plus seulement en matière économique et de défense. Je forme des vœux pour que, sur ce plan, «l’Audace d’espérer» se traduise en actes. Obama partage avec John Kennedy le fait de s’être distingué non seulement par sa jeunesse mais également par son intelligence, sa discipline, son éloquence, sa curiosité intellectuelle – autant de qualités qui sont largement appréciées en France. Je fais le pari qu’Obama et ses conseillers apporteront un élan nouveaux aux relations avec la France, dans tous les domaines.

Comme les Américains eux-mêmes, les Français doivent se garder d’attendre des résultats immédiats de l’administration Obama. Mais ils peuvent, à l’image du nouveau président, se montrer audacieux en espérant voir des relations plus intenses, plus chaleureuses et plus positives s’instaurer entre les Etats-Unis et leur plus vieil allié diplomatique.

Un nouveau Monde ?

Un nouveau Monde ?

Les prochaines semaines devraient voir apparaître, à travers les crises et les perturbations multiples les éléments d’un nouveau monde qui mettra sans doute des années à s’installer.
Le premier élément, de changement déterminant est l’élection américaine. Certes l’élection de Barack Obama n’est pas assurée actuellement  malgré les sondages qui lui prévoient 360 grands électeurs (soit 90 voix au dessus de la majorité nécessaire).  En effet l’écart dans plusieurs « swing states » étant inférieur à 4 points, des surprises de dernière minute sont possibles. Même si Obama devait échouer pour quelques milliers de voix, son aventure aurait déjà profondément fait évoluer l’image des Etats-Unis dans le monde (imagine-t-on en France, un candidat d’origine arabe ou africaine au second tour de la présidentielle) et créé une dynamique considérable dans les jeunes générations (qui sera difficilement oubliée). L’hypothèse la plus vraisemblable est l’élection de Barack Obama  qui pourrait créer une situation très nouvelle aux Etats-Unis. Un Président de la diversité géographique et culturelle (Kansas, Hawaï, Indonésie, Kenya, Harvard et Chicago) sera particulièrement préparé à travailler avec un monde multipolaire. Les qualités de calme, de pédagogie et d’organisation montrées par Barack Obama pendant sa campagne seront particulièrement appropriée à la gestion de la crise majeure qui se développe actuellement. Enfin, son arrivée ouvrira le chemin à une nouvelle génération profondément diversifiée (bien que le noyau issu de Chicago sera sans doute important) dans un contexte où les deux branches de l’exécutif pourront coopérer (ce qui ne serait pas le cas si McCain était élu puisqu’il n’aurait pas la majorité au Congrès et qu’il devrait composer avec un parti probablement fortement divisé).

Le second élément est la reconstruction du fonctionnement de l’économie mondiale qui devrait commencer le 15 novembre..  L’obtention d’un consensus sur un accord clair sera sans doute très lent et complexe. Plusieurs éléments sont pourtant déjà acquis : l’ouverture à des pays émergents, la remise en cause de certains financements dérivés, la recherche d’une nouvelle gouvernance, la contestation des paradis fiscaux, la prise de conscience d’une mondialisation inévitable (la déconnection entre les univers des pays développés et des pays émergents n’a pas été vérifiée), la référence à l’économie « réelle »…. Tous ces aspects ne seront pas traités en même temps mais la présence de ces questions (et de beaucoup d’autres dans les débats actuels augure de changements majeurs qui préfigurent un « nouveau monde ».

La crise financière n’est pas finie

George Soros, invité par le Travellers grâce à Vivien de Gunzburg et avec l’appui de FAF-France est très clair. La machine qui a engendré les subprimes est doublé d’une bulle bien plus grosse qui procède d’erreurs de comportements. Les modèles mathématiques utilisés par les différents opérateurs sont fondamentalement faux puisqu’ils ne prennent pas en compte le « phénomène réflexif » c’est-à-dire la réaction permanente des acteurs à l’évolution des marchés. Bien que l’analyse soit évidemment plus développée et notamment dans son ouvrage (la vérité sur la crise financière, Ed Denoel), les points mis en valeur sont fondamentaux : instruments inadaptés, analyse insuffisante des comportements, interaction des intervenants.

Le sort des hedge funds « trou noir de la finance mondiale » selon l’expression de Daniel Lebègue est une des prochaines sources d’inquiétude car ce sont les spécialistes du « virtuel ». C’ est pourquoi les mesures annoncées ce week end qui portent pourtant sur des centaines de millions de dollars n’ont pas apaisé durablement les marchés qui gardent encore des price earning ratios relativement élevés (9 en France, 22 au Japon). Ces indicateurs qui font le rapport entre le prix payé et le résultat et suppose donc qu’au Japon, les résultats doivent être équivalents pendant 22 ans pour récupérer le prix de l’action, ne sont pas encore des ratios de crise. Les erreurs de système, l’inconnue des hedge funds, les prix encore très élevés laissent entendre que nous n’avons pas fini avec la crise financière.

Modernizing U.S. Foreign Assistance in the Next Presidency

During its recent conference, “The CAMPAIGN”, the French-American Foundation – France took an in-depth look at the issues, affecting the U.S. Presidential Elections, with an eminent field of experts from both sides of the Atlantic. As the French National Assembly debates its military presence in Afghanistan, it would appear that the subject of the panel on U.S. Foreign Assistance, headed by former U.S. Congressman Jim Kolbe of the German Marshall Fund of the United States, has strong implications not only for the U.S. but also for its transatlantic partners.

Each US Presidential candidate claims to have a distinctive foreign policy solution to fragile and post-conflict states. But, they agree on one thing: the U.S. must help build institutions, rule of law, and economic development in places like Afghanistan, Pakistan, Iraq and the Horn of Africa. They both understand, to varying degrees, that addressing these troubled regions will require a multifaceted approach – including military might but also civilian expertise. Unfortunately, the U.S. foreign policy apparatus does not reflect such aspirations. It is in many ways a vestige of the Cold War when long-term economic development was secondary to the goal of fighting communism. Job creation has taken a back seat to other geo-strategic priorities in these theaters. The provision of health and education systems, an accountable and legitimate government, and access to trade and capital for entrepreneurs will ultimately be required to boost incomes and break the poverty-insecurity nexus. As one veteran from the Battle of Fallujah put it, we need the Peace Corps on steroids. How do we help create jobs and build indigenous institutions and at the same time effectively fight the Taliban and Al Qaeda?

What can the next U.S. President do to enhance U.S. foreign assistance, improve transatlantic cooperation, and achieve long-term economic growth in fragile states?

Freddie Mac, Lehman, AIG et les autres…

Après avoir nié la gravité de la crise de l’été 2007 issue des défaillances de crédits immobiliers accordés anarchiquement et prétendu la limiter au secteur bancaire et immobilier américain, beaucoup s’émeuvent à présent de la gravité, de l’étendue et de la multiplication des bouleversements apparus en dix jours dans le monde bancaire et financier : la quasi nationalisation de Fanny Mae et Freddy Mac,.la faillite de Lehman Bros qui en prés de 160 ans d’existence avait survécu à de nombreuses crises, le rachat de Merrill Lynch dont le taureau a si longtemps symbolisé Wall Street (et dont le CEO John Thain est notre invité le 18 novembre), le passage d’AIG sous le contrôle de la Fed….(photo Reuters)

Le transfert de cette crise de l’économie « financière et virtuelle » à l’économie réelle est maintenant redouté par beaucoup, sans doute à juste raison. Sans prétendre entrer dans une analyse approfondie de la situation à un moment où de multiples interventions fort compétentes sont proposées, relevons quelques réactions émanant de nos divers contacts : dès septembre 2007, John Taylor Président de la National Community Reinvestissment Coalition qui suit le monde bancaire américain (et qui revient le 12 novembre) avertissait que la crise des subprimes pouvait entrainer de 1500 à 2000 Milliards de $ de dépréciations, chiffre qui semblait disproportionné mais d’où nous ne sommes plus éloignés.

Pendant des années et notamment lors des rencontres avec Bill Crist, alors Président de Calpers, certaines voix s’élevaient pour rappeler que « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel » et qu’il n’est pas raisonnable d’attendre indéfiniment des rendements de 20% alors que l’économie réelle progressait au mieux de 5% par an. Rappelons aussi avec Pierre Cahuc, qu’alors que la banque et la finance sont basées sur la confiance, nous sommes entrés dans une « société de défiance ». A présent que cette défiance s’est installée, que peut-il se passer ?

La campagne électorale américaine va traiter essentiellement d’économie. John Mc Cain va avoir de plus grandes difficultés à convaincre alors que l’effet Sarah Palin disparaît dans les derniers sondages. Un nouvel équilibre économique devra être trouvé sans qu’il soit possible de deviner dans quel délai. Relevons cependant que les dominos bancaires, financiers peuvent tomber mais l’économie réelle (qui représente 90% du PNB américain) garde de solides potentiels malgré la crise de certains secteurs importants (automobile, bâtiment). Une crise révèle aussi de nombreuses opportunités et il ne faut pas sous estimer la capacité de rebond de la société et de l’économie américains (illustrée par les profonds changements déjà engagés dans l’automobile… L’audace de l’espoir est plus nécessaire que jamais et la profondeur de la crise n’autorise pas pour autant à prolonger les courbes de déclin indéfiniment. Si les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, leurs racines ont aussi une limite.

Du nouveau dans la campagne!

L’irruption de Sarah Palin a bien, comme indiqué dans notre précédent bulletin, rebattu les cartes en modifiant l’image de la campagne de John McCain. Elle apporte au ticket républicain une touche novatrice et rallie l’aile conservatrice réservée jusqu’à présent à l’égard de John McCain. Le choix de John McCain fait au dernier moment (il avait d’après les analystes d’abord choisi Lieberman, ancien démocrate colistier d’Al Gore en 2000, puis hésité entre Mitt Romney et Tom Ridge qui a même cru être retenu), traduit le style intuitif de son management.

Plusieurs sondages nationaux donnent pour la première fois un léger avantage aux républicains pendant que le travail de Barack Obama se concentre sur des réunions locales et la mobilisation de ses réseaux. Au niveau des Etats, les changements n’apparaissent guère : l’Ohio, la Floride penchent toujours vers les républicains, la Pennsylvanie, le Colorado, le Michigan vers le coté démocrate. La présence de Sarah Palin peut renforcer les républicains dans les Etats qui leur étaient déjà acquis. Il est significatif de relever que si elle a permis de gagner des points dans l’électorat féminin, c’est particulièrement net pour les femmes au foyer. Il est possible que rien ne change avant les débats qui peuvent faire apparaitre (ou non) la crédibilité d’Obama comme président. Le débat entre Sarah Palin et Joe Biden sera également instructif, les compétences à l’international du candidat démocrate à la vice présidence pouvant être contre productives face à une adversaire qui a peu voyagé mais a une expression directe qui peut plaire. En bref, la course reste très ouverte et encore plus incertaine qu’avant les conventions.

La French-American Foundation France soutient l’art

Notre mission, depuis notre création, est de multiplier les opportunités pour les peuples américains et français d’apprendre à se connaître, à se comprendre, et à s’apprécier. Ce rôle de catalyseur, que nous jouons depuis plus de trente ans, nous l’avons tenu dans de nombreux domaines, la diversité, le leadership, l’énergie, la défense…

Nous sommes fondamentalement convaincus, néanmoins, que tous ces sujets ne comprennent qu’imparfaitement les relations entre nos deux nations, et que la culture et l’art sont, sur un autre plan, mais au même niveau, d’autres vecteurs essentiels permettant de faire naître une meilleure entente entre la France et les Etats-Unis.

C’est dans cette optique que, faisant suite à notre Gala 2007 et au lancement de conférences sur le design en association avec Artcurial, nous avons décidé de mettre en avant, dans la rubrique «  http://www.french-american.org/partenariat/activite-culturelle-etatsunis-france.html» de notre site, les projets, galeries, expositions, conférences, foire d’arts, etc. qui mettent en avant des artistes ou des professionnels de l’art américain.

Ainsi, nous ne pouvons par exemple que vous conseiller de rendre visite à la Galerie Polka avant le 30 septembre (104, rue Oberkampf, allée du figuier, 75011 Paris) qui présente, parmi d’autres excellents photojournalistes, certains travaux de James Natchwey et David Alan Harvey, le travail photographique de Matthieu Silberstein, New York Promenades (à partir du 19 septembre à l’hôtel Montfleuri – Arc de Triomphe au 21 rue de la Grande Armée, Paris 16e) et de noter dans vos agendas les dates de la Foire d’Art Contemporain Slick (au Centquatre, 5, rue Curial – 75019 Paris, 24-27 octobre 2008, où vous pourrez, entre autres, découvrir les galeries américaines Th!nkART, Red Truck Gallery, Virgil de Voldere Gallery, ou encore CTS Creative Thriftshop)  et de Paris Photo (13-16 nov 2008), qui accueillera au Carrousel du Louvre 18 galeries américaines reconnues mondialement.

Dernière minute ! N’hésitez pas, et ruez voir la première rétrospective de Jeff Koons en France, du 10 septembre au 14 décembre 2008 au Château de Versailles